Actualité Tubizienne

Mon intervention sur l’égalité hommes-femmes au conseil communal du 11 mars 2019

« Le 8 mars dernier était la journée des droits des femmes. Cette journée nous rappelle tout le travail qui reste à faire pour abolir les inégalités hommes-femmes. Ce combat n’est pas un combat « de femmes », mais un combat d’hommes et de femmes qui s’indignent ensemble d’une situation injuste d’inégalité que nous ne percevons parfois même plus, tellement nous avons intégré les stéréotypes, les clichés sexistes et les inégalités.

Je prendrai un exemple qui vous sautera aux yeux. Les noms des rues sont à plus de 90% des noms d’hommes, ce qui renvoi l’idée que les femmes accomplissant de grandes choses sont des exceptions…Quelle est la cause de cet oubli ? Leur longue absence de la vie politique y est surement pour quelque chose. La ville a été faite par et pour les hommes et nous devons aujourd’hui revoir nos politiques et favoriser des prises de décisions mixtes.

Notre ville compte plus de 50% de femmes et pourtant, aucun échevin/échevine à Tubize n’a comme compétence spécifique l’égalité hommes-femmes (ni même une compétence égalité « tout court »).  Dans la déclaration de politique générale présentée au dernier conseil communal, aucun mot sur l’égalité… Pourtant, l’égalité est bien un enjeu essentiel de notre société. En Brabant wallon, plus de la moitié des Communes (14 sur 27) ont cette compétence « égalité des chances ».

Alors cette question, vers où allons-nous ? Y a-t-il une volonté de renverser la tendance, de mettre notre pierre communale à l’édifice pour plus d’égalité hommes-femmes ?

Nous devons prendre des mesures concrètes et avancer.

1) Nous devons créer une compétence pour l’égalité hommes-femmes et désigner l’échevin responsable. En parallèle désigner la personne responsable au sein de l’administration ;

2) Nous devons prévoir des formations sur l’égalité et la lutte contre les stéréotypes
aux fonctionnaires qui exercent une fonction de management et à nos instituteurs pour qu’ils soient sensibles au genre.

3) Nous devons signer la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale destinée aux collectivités locales.

4) Nous pouvons mettre en place un plan d’actions d’égalité entre les hommes et les femmes. Cela s’appelle un « Gender Mainstreaming ». La commune peut se faire accompagner pour réaliser ce plan ( via le Mouvement pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes). Différentes communes se sont déjà lancées dans ce projet (Namur, Schaerbeek, Woluwe-Saint-Lambert, Bruxelles Ville). A Ixelles, par exemple, des résultats s’observent déjà après un an d’application.

Exemple au Musée d’Ixelles, où deux expositions de femmes artistes ont eu lieu cette année. Ou encore dans la propreté publique : six femmes ont rejoint une équipe qui était jusqu’alors exclusivement masculine. Un club d’haltérophilie pour femmes a également été soutenu par la commune. Cela prend du temps à mettre en œuvre mais on peut dire aujourd’hui que les fonctionnaires ont déjà chaussé les lunettes de genre.

5) Dans ce plan d’action, on retrouve la mise en place d’un budget sensible au genre (le Gender Budgeting). Il s’agit d’examiner de quelle manière la politique budgétaire menée a un impact sur les femmes et les hommes et rééquilibrer la répartition des crédits budgétaires entre les sexes.

Il y a 3 sortes de crédits : les crédits neutres (l’achat d’un ordinateur, la consommation d’eau), les crédits dits genrés sont quant à eux directement relatifs aux actions visant à réaliser l’égalité des chances, comme le salaire des fonctionnaires. Enfin, les crédits dits genrables correspondent à ceux qui ne sont pas directement spécifiques à l’égalité femmes-hommes mais pour lesquels un travail d’égalité peut être fait.

L’éclairage public, par exemple, fait partie de cette troisième catégorie. Statistiquement, il ressort que les femmes et personnes âgées fréquentent moins certains endroits de la Ville lorsque ceux-ci sont mal éclairés.  Par conséquent, au moment de faire le budget, tout l’enjeu est de s’assurer que toutes les rues de la commune sont bel et bien éclairées, avant de vouloir investir, par exemple dans un nouveau dispositif d’éclairage urbain.  Autre exemple de crédits genrables, l’accès aux infrastructures sportives. Ottignies-Louvain-la-Neuve a annoncé vouloir développer un budget sensible au genre pour 2020. Tubize pourrait lui emboiter le pas.

6) Nous devons repenser l’aménagement communal urbain sous l’angle de l’égalité. La Ville a été pensée par et pour les hommes. Les nouveaux projets de mobilité, d’urbanisme doivent aussi être pensés par des groupes mixtes. Par exemple, l’aménagement des cours de récréation avec le terrain de football au centre n’est pas optimal pour l’égalité des enfants car on sait que ce sont le plus souvent les garçons qui jouent au foot et les filles ont donc un accès limité aux jeux et rasent les murs de l’école. Il faut privilégier des jeux mixtes. L’éclairage public, la sécurité des arrêts de bus, la qualité des trottoirs et l’entretien des passages pour piétons doivent être notre priorité.

7) En accord avec ce que j’ai expliqué plus haut, nous devons veiller à la féminisation des noms des rues lors de toutes nouvelles appellations de voiries

8) Nous devons aussi participer/et relayer les campagnes des associations de femmes, je pense à Vie féminine, aux campagnes de la FWB ;

9) Nous pouvons aussi œuvrer à une égalité de genre dans la pratique sportive : on sait que les femmes à partir de l’adolescence jusqu’à 45 ans ne font presque plus de sport, parce qu’aller seule au sport le soir est prendre le risque de se faire agresser pour les jeunes filles, et pour les femmes, parce que l’offre sportive diminue et elles ne peuvent pas s’engager dans une pratique régulière mais vont préférer faire une heure de sport occasionnellement. Notre commune ne permet pas ce « sport pour tous ». Il faut également veiller à plus d’équilibre de l’occupation des salles sportives et laisser des plages horaires aux femmes et rechercher et encourager des clubs féminins.

Ces idées sont quelques-unes des très nombreuses idées que nous pouvons et que nous devons mettre en place si nous voulons être une Ville moderne et agréable à vivre tant pour les hommes que pour les femmes.

Compte tenu de ce qui précède, pourriez-vous faire le point sur les actions concrètes qui sont et seront prises en matière d’égalité hommes-femmes et selon quel échéancier ?

Je vous remercie.

Lyseline LOUVIGNY – Conseillère communale »

Pour toutes informations complémentaires sur l’implantation du « Gender Mainstreaming » au sein des communes, n’hésitez pas à consulter le site internet du Mouvement pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes ou de les contacter directement au  +32 81 72 80 55.